Martin Widmer

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L’AMBIGUITE OU LA MORTE INOUBLIEE
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Lecture - Simple Soustraction -
Lecture / Mardi 3 mai 18h30 / Dans les espaces de l'exposition /

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Exposition

- Martin Widmer - L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée -
Dans "un art de la disparition"
Centre de la photographie de Genève

Centre de la Photographie - Genève
Vernissage: 3 mars - 18h30
Exposition 04.03.2016 – 08.05.2016

Centre de la photographie, Genève
Bac – Bâtiment d’art contemporain
28, rue des Bains, CH – 1205 Genève


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Hypnose et photographie / « L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée »

L’exposition de l’artiste genevois Martin Widmer « L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée » est organisée principalement autour d’une série de photographies de miroirs et d’un texte écrit sous hypnose.

La série Objet VII “Miroirs” déjoue la croyance populaire selon laquelle la photographie est un miroir. Widmer nous propose la thèse inverse en photographiant ceux-ci, sans que ni son œil, ni celui de son appareil n’y apparaissent. Les images montrées au CPG présentent le même miroir photographié sous divers éclairages. Martin Widmer tente de cette manière de cerner la réalité d’un objet qui, la plupart du temps, est vu sans jamais être vraiment regardé. Objet paradoxal de la vision, le miroir, permet à l’artiste de continuer de poser la question qui traverse son travail actuel : « Qu’est-ce que voir ? ». Cette question trouve un prolongement dans le texte, signé de l’artiste et mis à la disposition du spectateur, dans lequel un homme visite une exposition dont l’unique l’œuvre, une photographie, résiste au regard, celle-ci étant masquée par des reflets qui traversent la vitre qui la protège. Mais, ce « il n’y a rien à voir », ce « on n’y voit rien » qui semble être le premier constat que le spectateur, réel ou fictionnel, fait devant les œuvres, n’est finalement que le point de départ d’une aventure visuelle dans laquelle d’inattendues apparitions se manifestent.

Dans le cadre de l’exposition, Martin Widmer lira le 3 mai à 18h30, plusieurs textes de « Simple Soustraction » ; une série de petites nouvelles que l’artiste écrit en se conditionnant avec des techniques d’auto-hypnose ainsi qu’ un jeu de cartes inventé par Brian Eno et Peter Schmidt : « Stratégies Obliques ».


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Martin Widmer

Martin Widmer, “L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée”, Centre de la photographie, Genève, 2016


L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée

Par bateau, la traversée durait à peine dix minutes. Mais ce matin, il me sembla que le trajet dura beaucoup plus longtemps. J’avais pour habitude de me tenir à l’avant et, de là, de fixer la proue qui fendait inlassablement les flots comme des ciseaux traversant une feuille de papier géante.

La galerie se trouvait à quelques rues du Port-Noir dans un quartier résidentiel. Une limousine était parquée devant la vaste vitrine sur laquelle on avait écrit, à l’aide de grandes lettres blanches, le titre de l’exposition : « L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée ». Une porte de métal s’ouvrait sur un couloir qui menait à une réception. Personne n’occupait les deux chaises cachées derrière le comptoir jonché de piles de cartons d’invitations et de classeurs de documentation. J’entendis néanmoins un « bonjour », qui devait m’être destiné, émanant d’une autre pièce, peut-être d’un back-office. Tout en franchissant le seuil qui séparait la réception des salles d’expositions, je pliais et enfouis machinalement, dans la poche de mon veston, le texte de présentation de cet événement au titre plutôt mystérieux.

Les espaces baignaient dans une semi-obscurité. Les stores des fenêtres avaient été baissés puis inclinés. La pénombre se voyait donc, de-ci de-là, lacérée par des séries de longs traits lumineux. Les lieux étaient complètement vides à l’exception d’une petite photographie accrochée sur l’un des murs de la galerie. J’entendis mes pas résonner dans la pièce quand je m’en approchai.

L’image, de format vertical, était présentée dans un passe-
partout. Celui-ci, exagérément grand, semblait vouloir éloigner au maximum l’image de la cimaise dans le but peut-être de marquer de façon profonde et finalement assez illusoire le monde qui les séparait. Pour le cadre, on avait choisi une baguette fine en aluminium poli qui brillait légèrement et jetait quelques éclats de lumière dans l’espace assombri de la galerie. Ce type d’encadrements, plutôt utilisé dans les hôtels et les restaurants, flanqués de posters un peu kitsch, installait ici un léger doute chez le spectateur quant au statut de l’œuvre qu’il avait devant lui.

Il n’était pas facile de distinguer ce qui se trouvait montré sur la photographie tant la vitre qui la protégeait renvoyait une multitude de reflets issus tant de la lumière directe venant des fenêtres en face d’elle que celle, indirecte, projetée par les autres cimaises. L’obscurité, un peu plus marquée aussi à cet endroit de la galerie, rajoutait encore une difficulté supplémentaire à celui qui aurait voulu y voir quelque chose.

Paradoxalement, ces éclats, découpes, et autres accidents lumineux, cet ensemble d’événements visuels révélés sur une image qui se refusait, justement, à notre regard était en soi une situation intrigante. Etait-ce finalement cela l’œuvre de cette exposition ?

D’autres éléments retinrent alors aussi mon attention. Tout d’abord ce fut une image fantôme. Un, puis deux yeux, une partie d’un front, émergeant lentement d’un amas indistinct. L’image disparut puis revint. Elle s’inscrit alors de manière plus précise sur la vitre devant une partie particulièrement sombre de la photographie. J’avais maintenant devant moi une sorte de portrait de facture expressionniste. Cette image noir et blanc fortement contrastée me fit penser à ces photographes nordiques du début du siècle passé qui éclairaient leurs modèles d’une façon stupéfiante, presque irréelle. Ce visage était le mien, bien entendu, mais l’image (peut-on parler ici d’image ? plutôt de vision ?) que je voyais se situait dans un espace intermédiaire que j’avais de la peine à définir et qui demeurait entre la photographie, la vitre, moi-même et le lieu qui m’entourait. « Voici à quoi servent les images et les expositions finalement ! me suis-je dit – à nous révéler nous les spectateurs ainsi que le monde qui nous entoure ! »

Sur le verre, un trait lumineux m’intrigua, l’unité de la vision avec le portrait se délita aussitôt. Mon regard recommençait avec ce nouvel élément un cheminement qui devait l’amener à construire une nouvelle image. Celle-ci se cristalliserait à l’issue d’un mouvement, d’un va-et-vient puis d’une fusion entre mon esprit, mon imagination et l’environnement réel qui m’entourait.

Je me concentrai sur cette trace de lumière. Mon regard, d’abord ébloui, s’adapta comme un appareil photo auquel on aurait fermé un peu le diaphragme. Sur la surface blanche, il y avait maintenant des détails, comme des petits traits blancs horizontaux. Ceux-ci bougeaient, ondulaient sur une surface étincelante qui paraissait horizontale. Ces mouvements, comme des tremblements m’hypnotisaient agréablement. Je restais quelques minutes, bercé, devant ce tableau abstrait, cet all-over enivrant, perdant peu à peu, toute notion d’espace et de temps. La forme sombre d’un bateau alors apparut, il désorganisa les formes autour de lui, les bouscula. Le lac, à travers les lamelles des stores derrière moi, se reflétait, de toute évidence, sur la vitre de la photographie. Je crus discerner également la rive où j’avais débarqué quelques instants auparavant. Néanmoins, un doute me traversa. Voyais-je ces choses réellement ou les voyais-je parce que je savais qu’elles pouvaient être potentiellement là, ou encore parce que je les avais vues auparavant. Jusqu’à quel point mon esprit complétait, à l’aide de sa mémoire et de son imagination, les indices, les fragments chaotiques du réel pour en distiller une image simple et intelligible.

Je me retournai dans le but de m’en aller. Devant mes yeux l’image surexposée du lac flottait encore, incertaine, cette fois sur l’un des cimaises vides de la galerie. Je baissai les yeux un instant. Puis, rapidement, sans un bruit, je rejoignis la réception.

 

Martin Widmer, 2015



Martin Widmer

Martin Widmer, Objet VII “Miroir” n°6, 2016

Martin Widmer

Martin Widmer, Objet VII “Miroir” n°6, 2016


Martin Widmer

Martin Widmer, Objet VII “Miroir” n°2 - V2, 2016


Martin Widmer

Martin Widmer, Objet VII “Miroir” n°2 - V2, 2016



Martin Widmer

Martin Widmer, Objet VII “Miroir” n°1 - V3 , 2016



Martin Widmer

Martin Widmer, détail, Objet VII “Miroir” n°1 - V3 , 2016


Martin Widmer

Martin Widmer, “L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée”, texte,“Construction du dos quatre : sertir ”, tirage
jet d’encre effacé à l’acétone, 2016


Martin Widmer

Martin Widmer, “Construction du dos quatre : sertir ”, détail, 2016

Martin Widmer

Martin Widmer, “Construction du dos quatre : sertir ”, tirage jet d’encre effacé à l’acétone, 2016

Martin Widmer

Martin Widmer, “L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée”, texte, 2016

Martin Widmer

Martin Widmer, “L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée”, texte, 2016


Martin Widmer

Martin Widmer, “L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée”, texte, 2016


Martin Widmer

Martin Widmer, “L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée”, Centre de la photographie, Genève, 2016

 

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