Martin Widmer

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Martin Widmer / The Glass Body
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Martin Widmer


A-frame will host an installation and a reading by Martin Widmer. After a videoprojection and a workshop run by Simon Ripoll-Hurier last summer.

saturday, september 17th, 6pm

​6pm

Doors opening

8pm

Reading by Martin Widmer /

Martin Widmer is a photograph who takes to pieces images in order to investigate. He is writing. Under auto-hypnose or with game cards. He is moving. He is showing his work, organising exhibitions, participating to editions partly in Switzerland where we met.

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A-frame
11 avenue Victor Hugo,
93120 La Courneuve

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Martin Widmer

Martin Widmer, "The Glass Body", Installation (drawing, glue, coffee grounds, glass), A-frame, Paris, 2016

(text not translated yet...)

Le Corps Vitre

Le nouveau-né reposait, de tout son long sur les deux avant-bras que son père avait retournés et joints. De façon à maintenir l’enfant face à lui, l’homme les avait légèrement relevés. Tous deux se fixaient ainsi, sans bouger, les yeux dans les yeux.

...

L’homme voyait les yeux de son enfant pour la première fois. - D’où vient ce regard - semblait-il se questionner. - D’où viens-tu ? - finit-il par lâcher, presque imperceptiblement, dans l’espace restreint de la chambre de la maternité. Puis, comme s’il eut remarqué quelque chose qui lui avait jusqu’alors échappé, il s’approcha plus près du visage de l’enfant. Il semblait s’étonner de la manière dont il regardait. Si étrangement. De façon si peu humaine. Ce regard lui faisait penser vaguement à celui d’un animal, à celui d’un chat ou d’un chien. Il lui rappela celui d’un orang-outang qu’il avait fixé de longues minutes à travers une épaisse vitre au zoo de Berlin.

Dans les yeux du nouveau né l’homme sentit une présence. Il sut, sans pouvoir l’expliquer, qu’il ne s’agissait pas que de l’enfant. Comme si celui-ci n’eut pas encore pris complètement possession de son corps, il n’était pas en situation de pouvoir manifester sa présence en tous les cas par le biais d’un réel regard. Pourtant dans ses propres yeux quelque chose voyait malgré lui. L’homme nomma cette chose : le voir. Dans les yeux de son enfant, face à lui, le voir voyait et il en ressentait la présence.

Rien d’autre, à cet instant, n’était visible pour l’homme, que ce voir dans les yeux de son enfant : un voir sans sujet de son voir, un voir non encore assujetti au langage qui voyait tout, qui ne me regardait rien, un regard sans objet, un regard qui voyait au-delà et en-deçà de ce que l’homme pouvait voir avec ses propres yeux. L’homme se rapprocha encore. Ce qui voyait dans les yeux de l’enfant désignait un lieu. Un lieu d’où le voir voyait. L’homme fut incapable de penser ce lieu. - D’où voyez - vous ? - cette fois, la voix ne semblait pas venir de l’homme et comme par réflexe, je me retournai. Personne d’autre n’assistait à la scène. Personne. Ces mots s’étaient - ils échappés de ma propre bouche. Qui avait parlé ? Avait-on réellement parlé ? Ces mots avaient-ils été réellement dit ? Le silence était maintenant total. Juste une machine médicale, dans une pièce voisine éructait de façon rythmique des bruits électroniques, des petits bips-bips, qui virevoltaient comme des mouches.

À cet instant, l’homme devait comprendre, que ce qui voyait dans les yeux de son enfant, avait commencé chez lui à se retirer au moment même où il avait commencé à regarder, son avènement en tant qu’homme s’était fait à ce prix. La manière dont le corps de l’enfant voyait liait celui-ci au cosmos d’une façon dont l’homme se sentait à présent délié.

Les yeux de l’enfant clignèrent imperceptiblement. Ses pupilles se dilatèrent. Les vaisseaux sanguins qui rayonnaient autour de ses iris, ces deux soleils noirs, se teintèrent d’un halo de nuances beiges et roses. Dans l’amas du fluide mordoré qui gonflait ces deux globes de fines volutes verdâtres se déplaçaient lentement, comme des nuages à la dérive. Les stries métalliques qui entouraient chaque pupille se mirent à étinceler. Parmi leurs ondulations, une sorte d’écume blanche apparaissait, puis était ravalée dans le mouvement de l’ensemble.

Quelque chose allait changer. L’homme sentait que cette situation ne perdurerait pas; ce n’était que l’étape d’un processus. Bientôt les yeux du nouveau-né se brouilleraient. L’enfant perdrait son calme, il s’agiterait. Comme s’il eût voulu encore profiter encore pleinement de cette expérience. L’homme s’abandonna entièrement, il bascula dans la béance des yeux de l’enfant. Combien de temps à peine une seconde, l’homme fit l’expérience de sa propre désintégration. Dans ces yeux qui ne regardaient pas c’était bien sa propre absence qu’il pouvait embrasser du regard. Il se voyait ne pas être là. Puis comme libéré de tout, il se transporta dans des lieux qui lui étaient familiers : son appartement, son lieu de travail. Il visita les lieux de son enfance. Il vit une foule, il se chercha. Partout il fit l’expérience de sa disparition. Il la goûta. Il l’a ressentie. Ce n’était pas comme il s’en était fait une idée. Ce n’était pas froid.

Un bruit, des mouvements de corps, dans la pièce sortit l’homme de son état, il fit mine de vouloir faire un pas en arrière. Puis une forme blanche fantomatique, comme un rideau obstrua le cadre de la porte devant laquelle je m’étais arrêté pour voir la scène. C’était une infirmière, elle emporta l’enfant qui s’était mis alors à crier.



Martin Widmer "The Glass Body", Installation (rubber, portable, soundtrack), 2016
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Martin Widmer

Martin Widmer, "The Glass Body", Installation (drawing, glue, coffee grounds, glass), A-frame, Paris, 2016

Martin Widmer

Martin Widmer, "The Glass Body", Reading, A-frame, Paris, 2016